Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau
Classiques Hatier de la philosophie

Présentation

Le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes est la réponse que Rousseau apporte à la question que les académiciens de Dijon avaient proposée comme thème de leur concours en 1754. La formulation de la question (Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes, et si elle est autorisée par la loi naturelle? ) comprenait deux volets. D'une part, elle soulevait une question de fait : les hommes sont-ils naturellement égaux ? mais aussi une question de droit : la loi naturelle autorise-t-elle les inégalités sociales ? Par "loi naturelle", il faut comprendre non pas la loi physique comme, par exemple la loi de la chute des corps, mais une sorte de loi morale universelle trouvant sa source dans la nature de l'homme et par conséquent indépendante des coutumes et des institutions dont la variété divise l'humanité.

Dans sa réponse - développée sur un ton très polémique - Rousseau ne se contente pas de dénoncer la servitude et les inégalités sociales, il s'en prend à cette forme d'imposture qui consiste à invoquer la nature humaine comme alibi pour justifier les abus et les perversions engendrées par l'histoire. Le propos de Rousseau sera donc de "démêler" ce qui en l'homme vient de la nature et ce qui procède de la culture et de l'histoire, et ceci dans le but proclamé de contrer tous les systèmes de justification qui s'emploient à fonder les aberrations et les injustices sociales sur un prétendu ordre naturel.

Dès lors, l'objectif poursuivi par le Discours sera double : d'une part, marquer l'écart entre nature et culture (première partie du Discours ); d'autre part, interpréter le passage de l'un à l'autre comme un processus de dénaturation (seconde partie du Discours ).

Dans la première partie, Rousseau brosse un portrait de l'homme à l'état de pure nature (l'homme des origines), en gommant minutieusement tout ce qui, dans son mode d'existence comme dans ses compétences, est le produit de l'histoire et de la culture.

Cette description s'opère en deux temps. Du point de vue physique, d'abord. Réduit aux seuls besoins dictés par la nature, chaque homme se suffit à lui-même et est parfaitement adapté à son milieu. Il est donc heureux et solitaire. Ensuite, la description métaphysique dégage les deux caractères spécifiques qui dès l'origine distinguent l'homme de l'animal : la liberté comme puissance de choisir et la perfectibilité comme capacité à développer de nouvelles facultés si le besoin s'en fait sentir. Mais puisque l'état de nature est équilibré et harmonieux, ce pouvoir est pour ainsi dire nul; seul un "funeste hasard" pouvait contraindre le sauvage à sortir de son état d'indolence. On est encore très loin de l'inégalité et de la servitude.

Dans la seconde partie, Rousseau suppose rompu l'équilibre entre les besoins et la nature. Dès lors, l'homme pour survivre va devoir développer ses facultés laissées jusqu'ici en sommeil. Mais chaque progrès accompli représentera une menace pour sa liberté. Le premier pas est le plus heureux; il conduit l'homme qui s'éveille à la vie des sentiments à former les premières communautés. Ainsi commence le second état de nature, "véritable jeunesse de l'humanité". Mais l'apparition de l'agriculture et la naissance de la propriété privée brisent l'harmonie des communautés primitives. La dépendance, l'inégalité entre riches et pauvres, et les tensions qui en découlent obligent les membres de communauté à passer un accord (le pacte social) qui confie le règlement des conflits individuels à une puissance commune. Nous sommes passés de l'état de nature à l'état civil (l'organisation politique de la vie sociale). La solution aurait pu s'avérer efficace si on avait supprimé les germes d'inégalité qu'enveloppait l'extension de la propriété privée. Ce ne fut pas le cas; de sorte que l'histoire des États est celle de l'accroissement de l'injustice et de la servitude, jusqu'au despotisme final des temps modernes où une nouvelle forme d'égalité se fait jour : tous égaux et esclaves sous la botte du tyran.

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