Lettre à Ménécée, Épicure
Classiques Hatier de la philosophie

Premier extrait (p. 8)

Quand on est jeune, il ne faut pas attendre pour philosopher et quand on est vieux, on ne doit pas se lasser de la philosophie, car personne n’est trop jeune ni trop vieux pour prendre soin de son âme. Dire qu’il est trop tôt ou trop tard pour faire de la philosophie, cela revient à dire que l’heure d’être heureux n’est pas venue encore ou qu’elle a déjà passé. Ainsi le jeune homme comme l’homme âgé doivent philosopher. L’homme âgé afin de rajeunir au souvenir des bonnes choses qu’il a vécues dans le passé1, le jeune homme afin d’être, malgré sa jeunesse, aussi serein et exempt de craintes devant l’avenir qu’un homme plus âgé.

 

INTERVIEW DE PIERRE PENISSON, auteur du commentaire Classiques Hatier de la philosophie.

1 ) Quelles sont les notions du programme en jeu dans cet extrait ?

La philosophie, le bonheur.

 

2) Justifiez le choix de cet extrait

La question de l'âge opportun pour philosopher est constante, dans l'antiquité comme aujourd'hui. On nous dit communément que le moment n'est jamais venu pour faire de la philosophie : il est toujours trop tôt pour réfléchir sur la mort ou l'art de vivre par exemple - ou trop tard, parce que le temps manque pour une telle méditation. Dans ce passage, Épicure s'inscrit en faux contre cette idée en affirmant que "personne n'est ni trop jeune ni trop vieux pour prendre soin de son âme" : la philosophie n'est pas en effet, selon lui, un exercice purement théorique et abstrait, elle a une finalité concrète : procurer le bonheur, lequel, comme on l'a vu, réside dans le plaisir.

 

3) Qu'est-ce que le bonheur d'après Épicure ?

Le bonheur, c'est le plaisir bien compris. Il comporte trois stades distincts : le premier correspond à la suppression, Épicure croit possible, de la douleur physique. A un second stade, il s'agit d'évacuer toutes les terreurs portant sur des objets extérieurs - en particulier celles qui sont issues de la religion : ainsi en va-t-il des malédictions, de l'enfer ou des phénomènes naturels inexpliqués. Le troisième stade est relatif aux terreurs qui sont en nous, telles que l'angoisse de la mort ou la crainte de l'avenir. Pour Épicure il suffit donc que toute forme de douleur et de terreur aient disparues pour que le plaisir soit à sa plénitude.

 

4) S'il n'y a pas d'âge pour philosopher, qu'est-ce qui, cependant, caractérise la jeunesse et la vieillesse selon Épicure ?

Pour les Grecs de l'antiquité, la jeunesse ne représente pas une valeur en soi. Elle désigne surtout le temps de la passion, donc celui de la souffrance. La vieillesse a cela de supérieur sur la jeunesse qu'on y est libéré des passions et qu'au plaisir de vivre s'ajoute celui de se remémorer le passé, le pur plaisir du souvenir.

 

 

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