Kant, Qu'est-ce que les lumières ?
Classiques Hatier de la philosophie

Premier extrait (§ 1)

Accéder aux Lumières consiste pour l’homme à sortir de la minorité où il se trouve par sa propre faute. Être mineur, c’est être incapable de se servir de son propre entendement sans la direction d’un autre. L’homme est par sa propre faute dans cet état de minorité quand ce n’est pas le manque d’entendement qui en est la cause mais le manque de décision et de courage à se servir de son entendement sans la direction d’un autre. Sapere aude ! [Ose savoir !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Telle est la devise des Lumières.

 

INTERVIEW DE JEAN-MICHEL MUGLIONI, traducteur et auteur du texte présenté dans la collection Classiques Hatier de la philosophie.

1) Quelles sont les notions du programme en jeu dans les trois extraits ?

La liberté. La connaissance et la raison, le jugement. L'histoire. La religion, le pouvoir, l'Etat.

 

2) Quel est le sens du terme " entendement" ?

Entendre, c'est comprendre (verstehen) ; l'entendement (Verstand) est la faculté de comprendre, encore appelée "raison" ou "bon sens", faculté de distinguer le vrai du faux. Les stoïciens plaçaient à sept ans l'âge de raison : un enfant est capable de comprendre que deux et deux font quatre, il ne se contente pas de le répéter comme un perroquet.

 

3) Qu'est-ce qu'être mineur d'après ce texte ?

Celui qui, passé l'âge officiel de la majorité (chez nous dix huit ans), ne pense toujours pas par lui-même, demeure mineur. Est mineur tout homme incapable de faire usage de son entendement, c'est-à-dire de juger par lui-même du vrai et du faux.

 

4) Pourquoi penser par soi même présente-t-il tant de difficulté ?

Il ne suffit pas d'avoir un avis sur une question pour penser vraiment ; il peut nous arriver de croire que nous avons une opinion personnelle puis de découvrir que nous n'avions fait que suivre l'opinion de nos parents, de nos amis, ou l'opinion qui était, comme on dit, dans l'air du temps. Ainsi cet ouvrage de Kant est dans la lignée de la pensée cartésienne, laquelle distingue radicalement jugement libre et préjugé : nos pensées ne sont pas d'abord les nôtres et nous commençons tous par croire avant de savoir, par acquiescer avant de pouvoir juger de la vérité de ce à quoi pourtant nous donnons notre assentiment. Ainsi nous prétendons connaître beaucoup de choses dans le domaine des sciences dont pourtant nous sommes incapables de rendre raison. Il est donc d'une extrême difficulté de ne pas confondre en nous-mêmes ce que nous avons véritablement soumis à l'épreuve de notre jugement et ce que nous ne faisons que croire. S'en tenir en toute chose, qu'il s'agisse de science ou de pratique, à ce dont il est libre juge, et à cela seulement, tel est le dessein du philosophe.

 

 

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