1) Justifiez le choix de ce passage.
Il est extrêmement difficile à un homme isolé dans un monde d'esclaves
d'apprendre à penser par lui-même. Si au contraire la liberté d'expression
permet à un débat public de se développer, chacun peut découvrir la
liberté de penser et un progrès des Lumières est possible.
La difficulté vient d'abord de ce que les peuples habitués par les
tyrans à croire sans examiner commencent par prendre parti contre ceux
qui voudraient les libérer : un esclave habitué à ne pas penser se rebelle
lorsqu'on exige de lui l'effort de penser.
2) Quelle différence y a-t-il entre une " vraie réforme
du mode de penser" et une révolution ?
Une révolution renverse parfois en un jour le pouvoir en place - les
institutions et les hommes. La mise en place de nouvelles institutions
ne transforme toujours pas les hommes, et ne suffit pas à les faire
penser par eux-mêmes. L'essentiel reste à faire : apprendre à penser
par soi-même, c'est-à-dire passer de l'esclavage à la liberté, changer
de mentalité, d'état d'esprit. C'est un long processus qui consiste
non pas à changer d'opinion ou d'avis mais de mode de penser, travail
intérieur long qui ne peut être que progressif : réforme et non révolution.
En ce sens, la réforme est plus radicale que la révolution.
3) Comment peut-on concilier obéissance et liberté ?
Si chacun n'agissait en toute chose (comme citoyen, lorsqu'il remplit
une fonction dans un État, lorsqu'il fait son métier) que selon son
jugement, sans tenir compte des lois en vigueur, il en résulterait le
plus grand désordre. On comprend donc que la bonne marche d'un système
complexe de coopération entre les hommes suppose le respect de règles
communes : à tous les niveaux de la hiérarchie, chacun doit obéir aux
ordres donnés. La critique de ces ordres ne peut s'exercer pendant l'action
mais en dehors d'elle, et ainsi il est essentiel que puisse avoir lieu
en permanence un débat public où chacun puisse intervenir.
Seulement les hommes ne sont en mesure d'intervenir dans un tel débat
que s'ils ont reçu une instruction suffisante : la fin de l'éducation
n'est pas en ce sens la carrière professionnelle des hommes (c'est pourtant
ce qui inquiète le plus les parents et les Princes, notait Kant), mais
l'apprentissage de la liberté de penser.
Notre opuscule n'envisage pas la difficile question du droit de résistance,
traitée dans Théorie et pratique (Profil Hatier).