Le sujet pensant
R. Descartes (1596 - 1650)
Descartes pose comme première
vérité philosophique l'existence du sujet pensant (connaissant et voulant).
Toute définition de l'homme ne peut qu'en être dérivée.
En remarquant que cette vérité : Je
pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes
suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je
pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je
cherchais.
Puis, examinant avec attention ce que
j'étais, et voyant que je pouvais feindre que je n'avais aucun corps, et qu'il n'y avait
aucun monde ni aucun lieu où je fusse ; mais que je ne pouvais pas feindre pour cela que
je n'étais point ; et qu'au contraire, de cela même que je pensais à douter de la
vérité des autres choses, il suivait très évidemment et très certainement que
j'étais ; au lieu que, si j'eusse seulement cessé de penser, encore que tout le reste de
ce que j'avais imaginé eût été vrai, je n'avais aucune raison de croire que j'eusse
été ; je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature
n'est que de penser, et qui, pour être, n'a besoin d'aucun lieu, ni ne dépend d'aucune
chose matérielle. En sorte que ce moi, c'est-à-dire l'âme, par laquelle je suis ce que
je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu'elle est plus aisée à
connaître que lui, et qu'encore qu'il ne fût point, elle ne laisserait point d'être
tout ce qu'elle est.
René DESCARTES, Discours
de la méthode (1637), Ive partie,
Coll. "Textes philosophiques", Hatier, 1990, p. 50-51.