"Rien de grand ne
s'est accompli sans passion"
HEGEL (1770-1831)
La philosophie hégélienne
a puissamment contribué à réhabiliter les passions, sans pour autant
en occulter les paradoxes.
Les inclinations et les passions ont pour
contenu les mêmes déterminations que les sentiments pratiques et, d'un côté, elles ont
également pour base la nature rationnelle de l'esprit, mais, d'une autre côté, en tant
qu'elles relèvent de la volonté encore subjective, singulière, elles sont affectées de
contingence et il apparaît que, en tant qu'elles sont particulières, elles se
comportent, par rapport à l'individu comme entre elles, de façon extérieure et, par
conséquent, selon une nécessité non-libre.
La passion contient dans sa détermination
d'être limitée à une particularité de la détermination-volitive, particularité dans
laquelle se noie l'entière subjectivité de l'individu, quelle que puisse être
d'ailleurs la teneur de la détermination qu'on vient d'évoquer. Mais, en raison de ce
caractère formel, la passion n'est ni bonne ni méchante ; cette forme exprime simplement
le fait qu'un sujet a situé tout l'intérêt vivant de son esprit, de son talent, de son
caractère, de sa jouissance, dans un certain contenu. Rien de grand ne s'est accompli
sans passion ni ne peut s'accomplir sans elle. C'est seulement une moralité inerte, voire
trop souvent hypocrite, qui se déchaîne contre la forme de la passion comme telle.
(
) La question de savoir qu'elles
sont les inclinations bonnes, rationnelles, et quelle est leur subordination, se
transforme en l'exposé des rapports que produit l'esprit en se développant lui-même
comme esprit objectif. - développement où le contenu de l'ipso-détermination, perd sa
contingence ou son arbitraire. Le traité des tendances, des inclinations et des passions
selon leur véritable teneur est donc essentiellement la doctrine des devoirs dans l'ordre
du droit, de la morale et des bonnes-murs.
G.W. Friedrich HEGEL, Encyclopédie
des sciences philosophiques en abrégé (1830), trad. M. de Gandillac, © Ed.
Gallimard, 1970, pp. 422-423.