La recherche de la vérité
requiert une méthode
DESCARTES (1596-1651)
Nous avons une disposition native à la
vérité, mais celle-ci n'est pas immédiatement présente à l'esprit. Descartes, quant
à lui, attend moins la solution d'une éducation et d'une conversion de l'âme, comme
chez Platon, que d'une méthode par laquelle l'esprit se donne des règles.
Le bon sens est la chose du monde la mieux
partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux mêmes qui sont les plus
difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus
qu'ils en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt,
cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d'avec le faux, qui
est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous
les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns
sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos
pensées par diverses voies et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas
assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. Les plus grandes
âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus ; et
ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent
toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s'en éloignent.
René DESCARTES, Le
Discours de la méthode (1637), Vrin, 1966, pp. 1-2.