La question de la vérité est une préoccupation essentielle et originaire
de la philosophie. Mais c'est aussi une question très vaste. Il faut
donc commencer par cerner les problèmes qu'elle pose et qui nous serviront
de fil conducteur.
D'abord, la vérité est quelque chose qui se recherche, et la démarche
philosophique s'est souvent confondue, depuis Platon, avec cette quête
de la vérité. Mais à quelles conditions la vérité est-elle accessible
? Quels obstacles la pensée doit-elle surmonter pour l'atteindre ? Est-elle
même accessible et toute recherche de la vérité ne se heurte-t-elle
pas à l'objection du scepticisme ?
En second lieu, la vérité est quelque chose qui s'énonce. Quels sont
alors les critères qui rendent cette énonciation recevable ? Qu'est-ce
qui fonde l'objectivité d'un jugement vrai ? La vérité se définit par
sa permanence et son universalité, et ne saurait se confondre avec la
diversité et la variabilité des opinions humaines. Mais il lui faut
dès lors, là encore, répondre à l'objection relativiste du scepticisme
(« à chacun sa vérité »).
Enfin, la vérité est quelque chose qui s'exige. Autrement dit, elle
est une valeur. Pourquoi rechercher la vérité ? Vaut-elle même de l'
être ? Pourquoi ne pas préférer le mensonge ou, avec Nietzsche, l'illusion
? Ces questions sont radicales : elles signifient que, si c'est le propre
de la philosophie que de penser la vérité désirable, philosopher est
avant tout un choix et une décision éthiques.
Pierre Kahn
Maître de conférences à l'I.U.F.M. de Versailles