Fondement pour la métaphysique des mœurs, Kant
Classiques Hatier de la philosophie

 

Premier extrait (première section) - La volonté bonne

" Il n’y a rien de tout ce qu’il est possible de penser dans le monde, et même en général hors du monde, qui puisse être tenu sans restriction pour bon, hormis seulement une volonté bonne. L’intelligence, la vivacité, le jugement, et quels que soient encore les noms des talents de l’esprit ou le courage, la résolution, la constance et la persévérance dans ses desseins, comme qualités du tempérament, sont sans conteste à maints égards bons et souhaitables ; mais ils peuvent devenir aussi extrêmement mauvais et nuisibles, lorsque la volonté qui fait usage de ces dons naturels et dont la constitution propre s’appelle pour cette raison le caractère n’est pas bonne. Il en va de même des dons de la fortune. Le pouvoir, la richesse, les honneurs, la santé elle-même et tout le bien-être et le contentement de son état, connus sous le nom de bonheur, donnent de l’ardeur et même assez souvent de l’arrogance, là où il n’y a pas une volonté bonne pour corriger l’influence de ceux-ci sur l’âme ainsi que tout le principe des actions et les faire tendre vers des fins universelles ; sans parler du fait qu’un spectateur raisonnable et impartial ne saurait même jamais éprouver de satisfaction à voir la prospérité ininterrompue d’un être qui ne manifesterait aucun trait d’une volonté pure et bonne, et que la volonté bonne apparaît ainsi comme la condition indispensable pour être seulement digne du bonheur. "

 

Questions :

1- Quelles sont les notions du programme en jeu dans ce passage ?

La volonté, comme propriété de l’être humain (en tant qu’être raisonnable) y est confrontée à d’autres qualités (ce que Kant nomme ici les "talents de l'esprit" ou les "qualités du tempérament"), mais celles-ci ne sont bonnes que si la volonté qui les conduit est elle-même bonne ; comme capacité de déterminer nos actions, la volonté peut être bonne par elle-même, c’est à dire bonne absolument, nos autres propriétés ne le sont que relativement. Dès lors, n’est-ce pas par la volonté que nous affirmons notre liberté ? Remarquons enfin que la recherche du bonheur, qui est une aspiration naturelle, conforme au mouvement de nos inclinations, n’est pas bonne absolument et peut conduire à divers défauts.

2- Qu’est-ce que la volonté n’est pas, d’après ce texte ?

La volonté n’est pas le désir, ni l’inclination, par lesquels nous sommes fondamentalement affectés, qui nous orientent, sans nous nécessiter, dans une direction que nous n’avons pas choisie ; elle n’est pas non plus une propriété contingente (accidentelle) de notre être (les talents), c’est-à-dire une disposition que tel homme possède ou ne possède pas, indifféremment.

3- Que désigne au contraire positivement la bonne volonté ?

La volonté est la faculté de se déterminer soi-même au lieu d’être déterminé par les dons que l’on a reçus de la nature ou par les mobiles de la sensibilité. C’est la raison qui confère à l’homme ce pouvoir que sa volonté exerce lorsqu’il se détermine lui-même par la raison. La volonté bonne est une volonté qui se détermine uniquement par la raison, sans se soumettre aux affections, à ce qui affecte l’homme.

 

 

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