Fondement pour la métaphysique des mœurs, Kant
Classiques Hatier de la philosophie

 

Deuxième extrait (deuxième section) - L'impératif catégorique

" Il est enfin un certain impératif qui commande immédiatement une certaine conduite sans jamais mettre à son fondement, à titre de condition, quelque autre fin que cette conduite permettrait d’atteindre. Cet impératif est catégorique. Il ne concerne pas la matière de l’action ni ce qui résulte d’elle, mais la forme et le principe dont elle-même découle, et ce qu’il y a d’essentiellement bon en elle consiste dans la disposition, quel que soit le succès que l’action puisse connaître. Cet impératif peut être appelé l’impératif de la moralité. "

 

1- Quelles sont les notions du programme en jeu dans cet extrait ?

Ce passage se rapporte essentiellement à la notion de devoir, et distingue celle-ci, dans sa signification morale, d’autres formes d’obligation que nous pouvons avoir. Il se réfère aussi, indirectement, à la nature de notre volonté, à laquelle le devoir s’adresse sur le mode de l’impératif, c'est à dire du commandement. La volonté de l’homme ne fait pas toujours ce que le devoir lui prescrit, parce qu’elle est tributaire des mobiles de sa nature sensible.

2 - Que désigne exactement la notion d’impératif catégorique ?

L’impératif est un commandement qui s’adresse à un être dont la volonté n’est pas seulement déterminée par la raison, mais aussi par des mobiles sensibles. Il peut prescrire la règle de l’action qui est nécessaire en vue d’une fin simplement possible, ou encore ce qu’il serait bon de faire pour être heureux : dans ces deux cas, il est hypothétique , c'est à dire conditionné ; si tu veux atteindre tel but, si tu veux être heureux, conformément à l’inclination de ta nature, alors tu dois faire ceci ou cela. L’impératif catégorique me dit ce que j’ai le devoir de faire, de façon inconditionnelle, et c’est seulement dans ce cas que j’ai affaire à une loi, universellement valable. Cette loi est alors la loi morale.

3 - Que signifie la phrase où il est dit qu’un tel impératif ne concerne pas " la matière de l’action ", mais " la forme et le principe " dont elle découle ?

Le propre du devoir moral, sous la forme de l’impératif catégorique, c’est qu’il est inconditionnel, il ne vaut pas dans le cas où…, mais absolument, sans restriction. . La matière de l’action, c’est ce qu’il va falloir faire, le contenu de l’action à accomplir. Si l’impératif catégorique me dit quelle est l’action que je dois accomplir, il ne m’oblige que si les conditions de cette action sont réunies, et d’autre part il n’exige que l’action elle-même, quel qu’en soit le mobile (comme la règle de droit). L’impératif catégorique, dit Kant, concerne au contraire la forme et le principe dont l’action découle : ce qui fait qu’une loi est une loi, quel que soit son contenu déterminé (sa matière), c’est sa forme, c’est-à-dire l’universalité. Elle s’applique dans tous les cas, inconditionnellement. Ce que je dois faire, c’est ce que tout un chacun doit faire. Quant au terme de principe, il désigne ce qui est au début, au départ d’une chose ; c’est-à-dire que la moralité de l’action que je vais accomplir se trouve non dans la fin poursuivie (qui peut avoir toutes sortes de mobiles), mais dans la maxime (la règle d’action) qui est au principe de ce que je fais. Cette maxime doit donc être compatible avec l’idée que tout un chacun doive l’accomplir.

 

 

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