Le mal
Profil Notions
philosophiques n° 788
Le mal désigne, d'une manière très générale, ce qui est
et ne devrait pourtant pas être. Il renvoie donc à une forme de déficience (une
imperfection) au coeur de la réalité, qu'il s'agisse du mal subi (la souffrance), du mal
commis (la faute) ou du mal d'injustice. Face à ce type de phénomène, on se demande
spontanément d'où vient le mal, comment expliquer sa présence massive dans le monde et
dans nos actes. Cette question traditionnelle est celle de l'origine du mal. Elle trouve
tout son sens dans un contexte religieux et métaphysique tant il paraît inacceptable que
Dieu, qui est supposé être le créateur de toute chose, puisse en même temps être à
l'origine du mal. Pour échapper à ce scandale, Platon distingue très nettement entre ce
qui relève de Dieu (et qui ne peut être que moralement bon puisque Dieu est le Bien
lui-même) et le mal qui s'apparente à la matière que Dieu ne crée pas, mais qu'il doit
organiser. Le mal est ici relativisé philosophiquement parce qu'il ne possède aucune
origine divine et ne vaut que ce que valent la matière et le sensible. la philosophie,
qui est connaissance et imitation de l'idée de Bien, constitue la principale riposte au
mal. Contre une telle interprétation métaphysique de l'origine du mal (qui revient à
nier son importance), Rousseau et Kant définissent chacun à leur manière le mal comme
une réalité anthropologique, c'est-à- dire humaine. Le premier insiste sur la part que
l'homme prend dans son propre malheur. En effet, le mal est essentiellement social, il
provient de la violence que les individus s'infligent les uns aux autres. Même la douleur
et l'angoisse dépendent de l'importance que l'on accorde à sa propre mort ; elles
n'appartiennent pas à la vie naturelle. Kant continue de penser que l'origine du mal se
trouve en l'homme, mais il la situe plus précisément dans la liberté (c'est ce
qu'illustre déjà symboliquement le mythe d'Adam et Eve : le mal provient d'un choix
originaire et libre). Il n'y a donc pas lieu de tenter d'expliquer d'où vient le mal car
la liberté est précisément ce qu'il est impossible d'expliquer (elle rompt l'ordre
déterministe des causes et des effets). Mieux vaut s'interroger sur les moyens d'agir
contre le mal, sur la fin du mal plutôt que sur son origine.
Michaël FOESSEL
agrégé de philosophie
Sujets analysés dans le Profil
:
- Penser le mal, est-ce déjà le combattre?
- Le mal est-il nécessaire?
Extraits à lire :
- Platon : Dieu n'est pas la cause du mal
- Rousseau : L'homme est l'unique auteur du mal
- Kant : L'origine intemporelle du mal