Dieu n'est pas la cause
du mal
PLATON (427-347 AV.J.-C.)
Platon montre ici ce que
comporte d'absurde l'affirmation selon laquelle Dieu a voulu le mal.
Si Dieu est bon, et c'est ce que montre la philosophie, il ne peut être
cause que du bien. Le concept d'un "Dieu méchant" se contredit
au moment même où il s'énonce.
Socrate - (
) Il faut toujours représenter Dieu tel
qu'il est, qu'on le mette en scène dans l'épopée, la poésie lyrique ou la tragédie.
Adimante - Il le faut, en effet.
S - Or, Dieu n'est-il pas essentiellement bon, et n'est-ce
pas ainsi qu'il faut parler de lui ?
A - Certes.
S - Mais rien de bon n'est nuisible, n'est-ce pas ?
A - C'est mon avis.
S - Or, ce qui n'est pas nuisible ne nuit pas ?
A - Nullement.
S - Mais ce qui ne nuit pas fait-il du mal ?
A - Pas davantage.
S - Et ce qui ne fait pas de mal peut-il être cause de
quelque mal ?
A - Comment le pourrait-il ?
S - Mais quoi ! le bien est utile ?
A - Oui.
S - Il est donc la cause du succès ?
A - Oui.
S - Mais alors le bien n'est pas la cause de toute chose ;
il est cause de ce qui est bon et non de ce qui est mauvais.
A - C'est incontestable, dit-il.
S - Par conséquent, poursuivis-je, Dieu, puisqu'il est
bon, n'est pas la cause de tout, comme on le prétend communément ; il n'est cause que
d'une petite partie de ce qui arrive aux hommes et ne l'est pas de la plus grande, car nos
biens sont beaucoup moins nombreux que nos maux, et ne doivent être attribués qu'à lui
seul, tandis qu'à nos maux il faut chercher une autre cause, mais non pas Dieu.
A - Tu me parais, avoua-t-il, dire très vrai.
Platon, La République,
II, 379b-380a, Ed. Flammarion, coll. "G.F.", Trad. R. Baccou, 1966, pp. 128-129.