1 - Quelles sont les notions en jeu dans le texte ?
La liberté, la société, les échanges.
2 - Situez le passage.
Bien que, comme on l'a vu plus haut, il ne s'agisse pas d'étudier ce
qui a pu ni ce qui a dû se produire, Rousseau décrit cependant le moment
du contrat, au chapitre VI, comme un événement, un passage de l'état
de nature à l'état civil, l'acte "par lequel un peuple est un peuple"-
c'est à dire se constitue comme souverain (auteur des lois auxquelles
il obéit). Au chapitre VIII, dont fait partie cet extrait, Rousseau
indique quelles sont les conséquences morales de la souveraineté : l'homme
cesse de n'être guidé que par ses appétits pour obéir aux règles du
droit. La question est alors de savoir s'il gagne vraiment l'équivalent
de ce qu'il perd, si l' état de nature, en d'autres termes, ne lui était
pas plus avantageux.
3 - Quelle est la thèse du texte ?
La thèse du texte est que l'homme, par le contrat, gagne largement
l'équivalent de ce qu'il perd : par le contrat, l'homme échange sa liberté
naturelle contre une liberté civile et morale, et un pouvoir illimité
de possession sur tout ce qu'il désire et "peut atteindre",
contre la propriété .
4 - Cet échange est-il vraiment avantageux ?
Oui, c'est ce que Rousseau veut montrer ici en décrivant, dans la seconde
phrase, la liberté naturelle et la possession de manière restrictive
: la liberté naturelle "n'a pour bornes que les forces de l'individu",
la possession "n'est que l'effet de la force ou le droit du premier
occupant". En d'autres termes, l'homme solitaire à l' état de nature,
guidé par ses seuls appétits, possède un pouvoir qui n'est borné ni
par celui d'autrui, ni par la résistance que la réalité pourrait opposer
à ses désirs ou à son imagination. N'ayant encore ni imagination ni
désirs et une raison à l'état de virtualité, son pouvoir est borné à
ses propres forces, à ses besoins par conséquent. Quant à la possession,
elle est, tant qu'un contrat n'est pas passé entre les hommes, le simple
"effet de la force". Elle résulte du pouvoir de celui qui,
le premier, s'empare d'une terre : le "droit du premier occupant",
comme le dit Rousseau dans le chapitre suivant, "quoique plus réel
que le droit du plus fort, ne devient un vrai droit qu'après l'établissement
de celui de propriété", c'est à dire lorsqu'il est fondé sur un
"titre positif", titre que seul confère l'Etat. En outre,
on en prend possession par "le travail et la culture" et ne
le conserve que pour subvenir à ses besoins.
Enfin, L'homme gagne encore et surtout la liberté morale, soit la capacité
par la raison, de se donner à lui même sa loi (de fixer les règles de
son action) plutôt que de céder, comme à l'état sauvage, à "l'impulsion
du seul appétit"- de se soumettre, en d'autres termes aux lois
que la nature lui prescrit.