Du
Contrat social (Livres I et II), Rousseau
Classiques Hatier
de la philosophie
Analyse :
Florence Khodoss, agrégée de philosophie.
Dossier réalisé par Elizabeth Montlahuc.
Le Propos du
texte
Le Contrat social élabore un modèle théorique :
l'idée pure de Cité- indépendamment de toute circonstance historique. Il ne s'agit donc
pas, pour Rousseau, de faire la genèse du pouvoir politique, ni même de proposer une
histoire hypothétique de l'humanité, comme c'est le cas dans le Discours sur
l'origine de l'inégalité, mais d'énoncer la règle selon laquelle on doit juger
tous les régimes existants, de déterminer le fondement du droit.
Le Contrat social n'est pas pour autant, cependant, une utopie , laquelle renvoie
toujours à la description concrète d'une société imaginaire, mais bien au contraire un
texte abstrait. Ce n'est pas non plus un plan de gouvernement ni un projet de
constitution, mais le préalable théorique à toute constitution légitime.
Rousseau emprunte l'idée de contrat aux auteurs de théorie politique et aux juristes
du 17e et 18e siècle, mais la transforme radicalement : chez ses prédécesseurs en
effet, le contrat est un pacte de soumission par lequel, en se donnant à des chefs, un
peuple renonce à toute indépendance, abdique tous ses droits entre les mains du
gouvernement. Le contrat selon Rousseau désigne au contraire l'acte par lequel une
multitude d'hommes, agrégée par les circonstances et les nécessités, se transforme en
un corps politique consistant, c'est à dire l'acte volontaire par lequel un peuple se
constitue comme peuple, avant même de choisir un mode particulier de gouvernement, quel
qu'il soit. Par le contrat le peuple est " souverain ", il détient le pouvoir
de faire la loi, tandis que les chefs du gouvernement ne sont nommés que pour la faire
appliquer : ils sont en ce sens les serviteurs du peuple, non ses maîtres.
Résumés
des livres I et II
Livre I
L'ordre du texte est le suivant : dès le premier chapitre du livre I, Rousseau indique
que le motif du contrat est l'intérêt ; il vient porter remède à la situation de
détresse, de violence et d'inégalité où l'homme se trouve. Plus précisément il
s'agit d' allier "ce que le droit permet avec ce que l'intérêt prescrit", de
joindre la justice à l'utilité.
Une fois énoncé l'essentiel de ce projet - fonder en droit l'ordre politique- le
livre I remonte vers l'idée d'une première convention (chapitre V), après avoir
éliminé successivement les objections que l'on pourrait tirer de l'existence de
prétendues sociétés naturelles. Il le fait par trois argumentations différentes :
1. La famille (chapitre II) est bien une société naturelle mais elle ne peut fonder
une cité. L'autorité de l'adulte sur l'enfant disparaît dès que l'enfant devient lui
même adulte- ce pour quoi on ne peut la comparer à celle qu'un chef a sur son peuple.
2. L'autorité du maître sur l'esclave (chapitre IV) est un fait dénué de droit.
3. Le chapitre III, plus général, montre l'absurdité d'un droit qui prétendrait se
fonder sur la force.
De là vient la nécessité d'une première convention ou pacte social (chapitre V),
consistant en une forme d'association " par laquelle chacun s'unissant à tous
n'obéisse pourtant qu'à lui même et reste aussi libre qu'auparavant " (chapitre
VI). Rousseau met alors en place le concept central, celui du Souverain (chapitre VII).
Puis il indique les conséquences morales (chapitre VIII) et matérielles (chapitre IX) du
pacte social.
Livre II
Au début du livre II Rousseau expose les caractères de la souveraineté : elle est
inaliénable et indivisible (chapitres I et II) pour autant qu'elle n'est rien d'autre que
l'exercice de la volonté générale, la volonté du peuple ; elle est incapable d'erreur
dans la mesure où le peuple ne veut jamais que son propre bien, c'est à dire celui de
tous ( chapitre III) ; elle est cependant bornée car il arrive que la volonté populaire
subisse des influences qui la détournent de son véritable objet, c'est à dire
l'intérêt général (chapitre IV). En un mot, comme le dit Rousseau au chapitre VI, bien
qu'il veuille toujours le bien, le peuple "ne le voit pas toujours". Après
avoir examiné le cas de celui qui transgresse la loi (chapitre V), Rousseau éclaircit
alors les concepts directement liés à celui de souveraineté : la loi, comme acte ou
expression de la volonté générale (chapitre VI), et le législateur. Les trois
chapitres suivants sous le titre "Du peuple" ( chapitre VIII, IX et X) et des
"Divers systèmes de législation" (chapitre XI) développent cette idée de
législateur. Enfin le chapitre XI fait passer des sens larges du mot "loi" à
un sens plus strict.