Traité Théologico-politique, Spinoza
Classiques Hatier de la philosophie

Premier extrait -

(préface). p11 et 12, depuis "Mais en fait , si le grand secret du régime monarchique..." jusqu'à "c'est la thèse principale que j'ai entrepris de démontrer dans ce traité."

Question 1 : quelles sont les notions en jeu dans cet extrait ?

Ces notions sont le droit, la religion, les passions, la liberté.

Question 2 : en quoi les préjugés sont-ils favorisés par le régime monarchique ? Pourquoi nuisent-ils au contraire à la liberté commune et à la République ?

Les préjugés désignent ici les idées toutes faites transmises par la tradition. Spinoza vise avant tout les préjugés religieux, et en particulier celui d'un être providentiel qui dirige les actions des hommes et punit les récalcitrants. Ces préjugés sont favorisés par le régime monarchique car celui ci repose sur le pouvoir absolu d'un chef qui a besoin pour se maintenir de l'obéissance inconditionnelle de ses sujets.

Or ceux ci ne peuvent faire preuve d'une telle obéissance que si le pouvoir engendre à la fois la crainte de la punition et l'honneur de servir le chef qui les récompensera. La religion superstitieuse répond à ces exigences. Les préjugés qui en sont le fondement sont donc le soutien du régime monarchique. Par contre, ces préjugés nuisent à la liberté commune et à la République, car la liberté commune suppose le respect réciproque des droits et des devoirs, donc la responsabilité des citoyens. Cette responsabilité suppose "qu' une entière liberté est accordée à chacun d'exercer son jugement et d' honorer Dieu comme il l'entend."

Or ce principe de liberté -qui est refusé dans la religion

superstitieuse comme facteur de désobéissance et d'hérésie - est essentiel à la République : forme d'Etat qui vise "la chose publique", c'est à dire l'intérêt de tous, non celui d'un homme ou d'une élite dirigeante.(cf. p.82 et 93, Classiques Hatier).

Question 3 : dans quels cas les controverses se transforment-elles en
séditions ?

Les controverses, qui sont des oppositions d'opinions, ici théologiques, se transforment en séditions, c'est à dire en tentatives de rébellion, lorsque les pouvoirs politiques qui s'opposent prennent argument de leurs différences de religion pour se diviser. Ainsi les violentes guerres d'émancipation des Pays Bas contre la puissance espagnole au XVIè siècle, prenaient figure de guerres entre les catholiques et les protestants. Elles aboutissent en 1588 à la proclamation de la "République des Provinces unies", qui se réclame du protestantisme contre Philippe II d'Espagne, roi catholique. Spinoza donne de nombreux exemples historiques de ces luttes politiques qui sont en fait des luttes religieuses et vice versa.(cf. p.61, 62,63).

Question 4 : quelle solution Spinoza propose t-il d'apporter au problème soulevé?

Spinoza propose d'apporter une solution politique générale à ces problèmes de violences, ce serait de séparer la religion de l'Etat, d'établir l'autonomie du domaine politique et du domaine philosophique, ce qui est proprement la laïcité de l'Etat -notion révolutionnaire dont le terme n'est pas encore prononcé. Seul un régime républicain peut établir cette autonomie, et ceci d'autant plus s'il est démocratique.

A l'intérieur de ce régime républicain il faut supprimer les lois concernant les opinions. Celles ci sont non seulement inutiles mais sources de controverses, donc de séditions. Il faut juger les citoyens sur leurs actes, non sur leurs opinions.

 

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