Question 1 : quelles sont les notions
en jeu dans cet extrait ?
Ces notions sont le droit, la religion, les passions,
la liberté.
Question 2 : en quoi les préjugés sont-ils
favorisés par le régime monarchique ? Pourquoi nuisent-ils au contraire
à la liberté commune et à la République ?
Les préjugés désignent ici les idées toutes faites
transmises par la tradition. Spinoza vise avant tout les préjugés religieux,
et en particulier celui d'un être providentiel qui dirige les actions
des hommes et punit les récalcitrants. Ces préjugés sont favorisés par
le régime monarchique car celui ci repose sur le pouvoir absolu d'un
chef qui a besoin pour se maintenir de l'obéissance inconditionnelle
de ses sujets.
Or ceux ci ne peuvent faire preuve d'une telle
obéissance que si le pouvoir engendre à la fois la crainte de la punition
et l'honneur de servir le chef qui les récompensera. La religion superstitieuse
répond à ces exigences. Les préjugés qui en sont le fondement sont donc
le soutien du régime monarchique. Par contre, ces préjugés nuisent à
la liberté commune et à la République, car la liberté commune suppose
le respect réciproque des droits et des devoirs, donc la responsabilité
des citoyens. Cette responsabilité suppose "qu' une entière liberté
est accordée à chacun d'exercer son jugement et d' honorer Dieu comme
il l'entend."
Or ce principe de liberté -qui est refusé dans
la religion
superstitieuse comme facteur de désobéissance
et d'hérésie - est essentiel à la République : forme d'Etat qui vise
"la chose publique", c'est à dire l'intérêt de tous, non celui
d'un homme ou d'une élite dirigeante.(cf. p.82 et 93, Classiques Hatier).
Question 3 : dans quels cas les controverses
se transforment-elles en
séditions ?
Les controverses, qui sont des oppositions d'opinions,
ici théologiques, se transforment en séditions, c'est à dire en tentatives
de rébellion, lorsque les pouvoirs politiques qui s'opposent prennent
argument de leurs différences de religion pour se diviser. Ainsi les
violentes guerres d'émancipation des Pays Bas contre la puissance espagnole
au XVIè siècle, prenaient figure de guerres entre les catholiques
et les protestants. Elles aboutissent en 1588 à la proclamation de la
"République des Provinces unies", qui se réclame du protestantisme
contre Philippe II d'Espagne, roi catholique. Spinoza donne de nombreux
exemples historiques de ces luttes politiques qui sont en fait des luttes
religieuses et vice versa.(cf. p.61, 62,63).
Question 4 : quelle solution Spinoza
propose t-il d'apporter au problème soulevé?
Spinoza propose d'apporter une solution politique
générale à ces problèmes de violences, ce serait de séparer la religion
de l'Etat, d'établir l'autonomie du domaine politique et du domaine
philosophique, ce qui est proprement la laïcité de l'Etat -notion révolutionnaire
dont le terme n'est pas encore prononcé. Seul un régime républicain
peut établir cette autonomie, et ceci d'autant plus s'il est démocratique.
A l'intérieur de ce régime républicain il faut
supprimer les lois concernant les opinions. Celles ci sont non seulement
inutiles mais sources de controverses, donc de séditions. Il faut juger
les citoyens sur leurs actes, non sur leurs opinions.