Traité Théologico-politique, Spinoza
Classiques Hatier de la philosophie

Deuxième extrait -

(préface).p.17, depuis "comme, dans ce qu'enseigne expressément l'Ecriture, je n'ai rien trouvé qui soit en désaccord ou en contradiction avec l'entendement à", jusqu'à "Ainsi donc tous pourront obéir à Dieu d'un esprit sincère et libre, et seules la justice et la charité auront du prix pour tous."

Question 1 : quelles sont les notions en jeu dans cet extrait ?

Ces notions sont la raison et la religion.

Question 2 : Spinoza affirme ici l'indépendance, et finalement la compatibilité, de l'Ecriture et de la philosophie. Comment est-ce conciliable avec la critique qu'il fait par ailleurs d'un Dieu créateur ?

Suivant sa méthode rationaliste d'interprétation de l'Ecriture biblique, Spinoza voit ces textes comme des témoignages de l'Histoire des Hébreux, dans leurs relations avec les Grecs (la langue grecque est celle du nouveau testament et de la Septante qui, d'après la légende, est la traduction de la bible Hébraïque aux IIIè s av JC par 70 savants d'Alexandrie qui auraient travaillé séparément, et auraient abouti à la même traduction)

Or ces textes sont appelés "connaissance révélée" par les croyants. En cherchant, dans les textes des prophètes et des évangélistes, ce que vise cette connaissance révélée, Spinoza constate que ces textes, par exemple la loi de Moïse appelée "les dix commandements", ne visent que des commandements d'obéissance et des préceptes de vie ("Tu ne tueras point, tu aimeras ton prochain comme toi-même" etc.)

Ils n'enseignent rien sur la nature divine. Dieu, qui est dit parler à Moïse, est l'Etre absolu (ce que signifie le terme Jéhovah).

Il est l'Etre juste et miséricordieux, modèle de "vie vraie, qui , pour les chrétiens, se révèle en Jésus-Christ, appelé par Spinoza " le philosophe parfait".

Si cette connaissance révélée ne vise que la vie "vraie", c'est-à-dire la vie fondée sur la justice et la charité, elle est entièrement distincte de la "connaissance naturelle", issue de l'exercice de la raison ou lumière naturelle." Celle-ci cherche à comprendre la nature du divin et des valeurs morales. A partir de l'Ecriture elle dégage de Dieu une notion morale.

Or cette notion est celle que défend Spinoza qui cherche ce qui peut unir

les hommes, un credo universel qui rend compatibles la foi et la Philosophie.

Certes, il faut dans ce credo, éliminer ce qui divise les hommes, à

savoir la notion d'un Dieu créateur et providentiel. La philosophie de Spinoza dégage l'idée d'un Dieu immanent à toute la nature, qui s'exprime dans

la parole des prophètes mais aussi dans la " lumière naturelle " que chacun possède.

Question 3 : en quoi consistent exactement pour Spinoza les vertus de justice et de charité ?

Spinoza unit toujours les vertus de justice et de charité. Une vertu est une force morale qui vise un idéal. Que vise la justice ?

A donner à autrui ce qui lui est dû en tant que personne morale : le respect, la protection, l'indemnisation des dommages.

Elle exprime la relation civique nécessaire à toute société.

Que vise la charité ? Celle-ci n'est pas définie sur le plan juridique. Elle va au delà de la stricte justice qui rend le droit. C'est pour cela que Spinoza caractérise le divin par la charité. C'est la valeur absolue de l'amour du prochain. Spinoza le fait exprimer par le Christ dans l'Evangile de Matthieu (V 38 à 48) : "Bénissez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent..."

Dans le chapitre XV du TTP Spinoza écrit "le culte de Dieu et l'obéissance à Dieu consistent dans la seule justice et charité, c'est-à-dire dans l'amour du prochain. "(cf. p.69.)

 

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