Question 1 : quelles sont les notions en jeu dans cet
extrait ?
Ces notions sont la raison et la religion.
Question 2 : Spinoza affirme ici l'indépendance, et finalement la
compatibilité, de l'Ecriture et de la philosophie. Comment est-ce conciliable avec la
critique qu'il fait par ailleurs d'un Dieu créateur ?
Suivant sa méthode rationaliste d'interprétation de l'Ecriture biblique,
Spinoza voit ces textes comme des témoignages de l'Histoire des Hébreux, dans leurs
relations avec les Grecs (la langue grecque est celle du nouveau testament et de la
Septante qui, d'après la légende, est la traduction de la bible Hébraïque aux IIIè
s av JC par 70 savants d'Alexandrie qui auraient travaillé séparément, et auraient
abouti à la même traduction)
Or ces textes sont appelés "connaissance révélée" par les
croyants. En cherchant, dans les textes des prophètes et des évangélistes, ce que vise
cette connaissance révélée, Spinoza constate que ces textes, par exemple la loi de
Moïse appelée "les dix commandements", ne visent que des commandements
d'obéissance et des préceptes de vie ("Tu ne tueras point, tu aimeras ton prochain
comme toi-même" etc.)
Ils n'enseignent rien sur la nature divine. Dieu, qui est dit parler à Moïse,
est l'Etre absolu (ce que signifie le terme Jéhovah).
Il est l'Etre juste et miséricordieux, modèle de "vie vraie, qui , pour
les chrétiens, se révèle en Jésus-Christ, appelé par Spinoza " le philosophe
parfait".
Si cette connaissance révélée ne vise que la vie "vraie",
c'est-à-dire la vie fondée sur la justice et la charité, elle est entièrement
distincte de la "connaissance naturelle", issue de l'exercice de la raison ou
lumière naturelle." Celle-ci cherche à comprendre la nature du divin et des valeurs
morales. A partir de l'Ecriture elle dégage de Dieu une notion morale.
Or cette notion est celle que défend Spinoza qui cherche ce qui peut unir
les hommes, un credo universel qui rend compatibles la foi et la Philosophie.
Certes, il faut dans ce credo, éliminer ce qui divise les hommes, à
savoir la notion d'un Dieu créateur et providentiel. La philosophie de Spinoza
dégage l'idée d'un Dieu immanent à toute la nature, qui s'exprime dans
la parole des prophètes mais aussi dans la " lumière naturelle " que
chacun possède.
Question 3 : en quoi consistent exactement pour Spinoza les vertus de
justice et de charité ?
Spinoza unit toujours les vertus de justice et de charité. Une vertu est une
force morale qui vise un idéal. Que vise la justice ?
A donner à autrui ce qui lui est dû en tant que personne morale : le respect,
la protection, l'indemnisation des dommages.
Elle exprime la relation civique nécessaire à toute société.
Que vise la charité ? Celle-ci n'est pas définie sur le plan juridique. Elle
va au delà de la stricte justice qui rend le droit. C'est pour cela que Spinoza
caractérise le divin par la charité. C'est la valeur absolue de l'amour du prochain.
Spinoza le fait exprimer par le Christ dans l'Evangile de Matthieu (V 38 à 48) :
"Bénissez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent..."
Dans le chapitre XV du TTP Spinoza écrit "le culte de Dieu et
l'obéissance à Dieu consistent dans la seule justice et charité, c'est-à-dire dans
l'amour du prochain. "(cf. p.69.)