Tout autant que "l'opium du peuple" de Marx,
le "Dieu est mort" de Nietzsche est une expression qui est
restée célèbre. Le philosophe allemand cherche à tirer du constat de
la mort de Dieu les conséquences qui s'imposent quant au destin de l'humanité
: l'homme n'est-il pas appelé à prendre la place de Dieu ?
Hommes supérieurs, apprenez de moi ceci : sur la place
publique personne ne croit à l'homme supérieur. Et si vous voulez parler
sur la place publique, à votre guise ! Mais la populace cligne de l'il
: "Nous sommes tous égaux."
"Hommes supérieurs, - ainsi cligne de l'il
la populace, - il n'y a pas d'hommes supérieurs, nous sommes tous égaux,
un homme vaut un homme, devant Dieu - nous sommes tous égaux !"
Devant Dieu ! - Mais maintenant ce Dieu est mort. Devant
la populace, cependant, nous ne voulons pas être égaux. Hommes supérieurs,
éloignez-vous de la place publique !
Devant Dieu ! - Mais maintenant ce Dieu est mort !
Hommes supérieurs, ce Dieu a été votre plus grand danger.
Vous n'êtes ressuscités que depuis qu'il gît dans la
tombe. C'est maintenant seulement que revient le grand Midi, maintenant
l'homme supérieur devient - maître !
Avez-vous compris cette parole, ô mes frères ? Vous
êtes effrayés : votre cur est-il pris de vertige ? L'abîme s'ouvre-t-il
ici pour vous ? Le chien de l'enfer aboie-t-il contre vous ?
Eh bien ! Allons ! Hommes supérieurs ! Maintenant seulement
la montagne de l'avenir humain va enfanter. Dieu est mort : maintenant
nous voulons - que le surhomme vive.
Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
(1883-1885), in uvres, coll. "Bouquins", éd.
Robert Laffont, 1993, p. 510.