Dieu est mort
F. NIETZSCHE  (1844 - 1900°

Tout autant que "l'opium du peuple" de Marx, le "Dieu est mort" de Nietzsche est une expression qui est restée célèbre. Le philosophe allemand cherche à tirer du constat de la mort de Dieu les conséquences qui s'imposent quant au destin de l'humanité : l'homme n'est-il pas appelé à prendre la place de Dieu ?

Hommes supérieurs, apprenez de moi ceci : sur la place publique personne ne croit à l'homme supérieur. Et si vous voulez parler sur la place publique, à votre guise ! Mais la populace cligne de l'œil : "Nous sommes tous égaux."

"Hommes supérieurs, - ainsi cligne de l'œil la populace, - il n'y a pas d'hommes supérieurs, nous sommes tous égaux, un homme vaut un homme, devant Dieu - nous sommes tous égaux !"

Devant Dieu ! - Mais maintenant ce Dieu est mort. Devant la populace, cependant, nous ne voulons pas être égaux. Hommes supérieurs, éloignez-vous de la place publique !

Devant Dieu ! - Mais maintenant ce Dieu est mort ! Hommes supérieurs, ce Dieu a été votre plus grand danger.

Vous n'êtes ressuscités que depuis qu'il gît dans la tombe. C'est maintenant seulement que revient le grand Midi, maintenant l'homme supérieur devient - maître !

Avez-vous compris cette parole, ô mes frères ? Vous êtes effrayés : votre cœur est-il pris de vertige ? L'abîme s'ouvre-t-il ici pour vous ? Le chien de l'enfer aboie-t-il contre vous ?

Eh bien ! Allons ! Hommes supérieurs ! Maintenant seulement la montagne de l'avenir humain va enfanter. Dieu est mort : maintenant nous voulons - que le surhomme vive.

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885), in Œuvres, coll. "Bouquins", éd. Robert Laffont, 1993, p. 510.

 

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