Analytique
du beau, Emmanuel Kant
Classiques
Hatier de la philosophie
Premier extrait,
§ 2, p. 9
Il
est clair que pour dire qu'un objet est beau et montrer que j'ai du
goût, je n'ai point à m'occuper de ce par quoi je dépends
de l'existence de cet objet, mais de ce qui se passe en moi-même
au sujet de la représentation que j'en ai. Chacun doit reconnaître
qu'un jugement sur la beauté dans lequel se mêle le plus
petit intérêt est partial, et n'est pas un pur jugement
de goût. Il ne faut pas avoir à s'inquiéter le moins
du monde de l'existence de la chose mais rester tout à fait indifférent
à cet égard pour pouvoir jouer le rôle de juge en
matière de goût.
Interview de Ole Hansen-Løve,
professeur de Première supérieure au lycée d'État
de Sèvres.
Question
1 : quelles sont les notions en jeu dans ce passage?
Le beau, le jugement.
Question
2 : Quelle est la thèse du texte?
On ne dit
pas d'une chose qu'elle est belle de la même façon qu'on
dit qu'elle est grande ou petite, qu'elle a tel ou tel volume ou tel
poids ; la beauté n'est pas une propriété objective
de la chose. La chose suscite en moi une représentation dont
les effets, sur moi-même, me font dire qu'elle est belle. Dire
d'un palais qu'il est beau parce qu'on aimerait bien y habiter, donc
en être propriétaire ou locataire (à peu de frais),
ce n'est pas prononcer un véritable jugement de goût, mais
exprimer un intérêt pour l'existence matérielle
de la chose. Le jugement de goût est contemplatif, et il n'y a
de contemplation que dans le silence des désirs, des besoins,
des passions, des intérêts.
Question
3 : Que faut-il entendre exactement par "intérêt"
?
L'intérêt
est ce qui m'attache à ce qui est avantageux à ma nature.
L'agréable est avantageux à ma nature sensible, physique,
je suis donc lié par un intérêt à l'existence
de ce qui m'est agréable, mais en plus de cet intérêt
sensible, j'ai aussi un intérêt moral ou pratique. Celui-ci
se manifeste dans la satisfaction que me procure ce qui est bon au sens
moral, et il vise donc l'existence de ce qui est bon au point de vue
moral : tel est le cas des actions bonnes, comme manifestations d'une
volonté présumée bonne.
Question
4 : A quoi exactement peut-on être sensible, dans une chose dont
l'existence nous laisse indifférent ?
Kant distingue les
sens externes et le sens interne, qui est la conscience que j'ai de
mon état intérieur. Dans le jugement de goût, c'est
à cet état de mes facultés représentatives,
l'imagination et l'entendement, que je suis sensible, et non, comme
dans l'usage des sens externes, à l'existence même des
choses hors de moi.