Analytique du beau, Emmanuel Kant
Classiques Hatier de la philosophie

Troisième extrait, §16, p. 46

Il y a deux espèces de beauté, la beauté libre, et la beauté simplement adhérente. La première ne suppose point un concept de ce que doit être l'objet, mais la seconde suppose un tel concept et la perfection de l'objet d'après ce concept. Celle-là est la beauté (existant par elle-même) de telle ou telle chose ; celle-ci, supposant un concept (étant conditionnelle), est attribuée aux objets qui sont soumis au concept d'une fin particulière.

Interview de Ole Hansen-Løve, professeur de Première supérieure au lycée d'État de Sèvres.

Question 1 : quelle est la notion en jeu dans cet extrait ?

Le beau.

Question 2 : Pouvez vous donner des exemples de "beauté libre" et de "beauté adhérente" ?

Kant lui-même donne les exemples suivants : pour la beauté libre, les fleurs, certains oiseaux ("le perroquet, le colibri, l'oiseau de paradis"), divers crustacés... autant d'exemples de beauté naturelle, mais aussi "les dessins à la grecque, les rinceaux des encadrements ou des tapisseries de papier...", c'est-à-dire des oeuvres d'art qui ont une valeur d'ornement, font appel à la fantaisie et ne représentent rien, à quoi Kant associe aussi les fantaisies musicales "et même toute la musique sans texte". On pense alors à l'improvisation dans le jazz, encore qu'elle se fasse généralement à partir d'un thème. Pour la beauté adhérente, un exemple suffit : la beauté d'une église est tributaire de la fin de cet édifice, en tant que lieu de prière ; on ne peut pas dire qu'une église est belle sans se rapporter implicitement à sa définition comme lieu de prière.

Question 3 : Pourquoi Kant dit-il que la "beauté libre" existe par elle-même tandis que la beauté adhérente est "conditionnelle" ? Qu'est ce qui distingue exactement ces deux types de beauté ?

La beauté est libre lorsqu'elle n'est tributaire d'aucune fin de la chose sur laquelle elle se manifeste, n'en dépend pas, se saisit indépendamment d'elle, tandis que la beauté adhérente, comme on l'a vu avec l'exemple de l'église, ne peut pas être pensée indépendamment de la fin ou de la fonction (voir tout le champ de la "beauté fonctionnelle" : meubles, vaisselles, objets utilitaires en général...) de la chose sur laquelle nous l'appréhendons.

 

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