Ethique à Nicomaque, Aristote
Classiques
Hatier de la philosophie
Deuxième extrait, Livre VIII (p. 12)
La
parfaite amitié est celle des hommes bons et semblables en vertu.
Chacun veut du bien à l'autre pour ce qu'il est, pour sa bonté
essentielle. Ce sont les amis par excellence, eux que ne rapprochent
pas des circonstances accidentelles, mais leur nature profonde. LLa
parfaite amitié est celle des hommes bons et semblables en vertu.
Chacun veut du bien à l'autre pour ce qu'il est, pour sa bonté
essentielle. Ce sont les amis par excellence, eux que ne rapprochent
pas des circonstances accidentelles, mais leur nature profonde. Leur
amitié dure tout le temps qu'ils restent vertueux, et le propre
de la vertu en général est d'être durable. Ajoutons
que chacun d'eux est bon dans l'absolu et relativement à son
ami, bon dans l'absolu et agréable à son ami, bon dans
l'absolu et agréable à son ami. Chacun a du plaisir à
se voir soi-même agir, comme à contempler l'autre, puisque
l'autre est identique ou, du moins, semblable à soieur amitié
dure tout le temps qu'ils restent vertueux, et le propre de la vertu
en général est d'être durable. Ajoutons que chacun
d'eux est bon dans l'absolu et relativement à son ami, bon dans
l'absolu et agréable à son ami, bon dans l'absolu et agréable
à son ami. Chacun a du plaisir à se voir soi-même
agir, comme à contempler l'autre, puisque l'autre est identique
ou, du moins, semblable à soi.
Question
1 : Quelles sont les notions en jeu dans cet extrait ?
Autrui, le
temps, la morale, le bonheur.
Question
2 : Quelle est la thèse du texte ?
"La parfaite
amitié est celle des hommes bons et semblables par la vertu",
ce que l'on peut expliquer comme suit :
Premièrement, comme le dit Aristote au début du livre
VIII, "L'amitié est une vertu, ou, du moins, ne saurait
aller sans la vertu." Autrement dit, elle n'est ni une passion
pour l'autre, ni une "puissance", c'est-à-dire une
prédisposition spontanée à ressentir des passions
; en effet, passions et puissances nous échappent et ne méritent
pour cette raison ni l'éloge ni le blâme. Au contraire,
la vertu en général et l'amitié en particulier,
sont des dispositions permanentes, acquises par habitude, que leur stabilité
oppose à la passion et des choix volontaires, que leur caractère
délibéré distingue des puissances.
Deuxièmement, cela signifie qu'il n'y a d'amitié véritable
qu'entre sages : les véritables amis ne sont cependant "semblables"
que sous le rapport de la vertu ; il pourra y avoir entre eux de très
grandes disparités de richesse, ils pourront être différents
dans leurs goûts ou du point de vue de leur sensibilité.
En revanche, ils ont en commun la bonté, seule capable de conduire
l'homme au bonheur, c'est à dire à ce qu'Aristote nomme
le souverain bien.
Question
3 : Pourquoi cette amitié est-elle durable ?
Cette amitié
est durable car l'autre y est aimé pour lui-même, non pour
les avantages qu'il peut, à l'occasion, nous procurer (amitié
utile) ou les moments agréables qu'on peut espérer passer
avec lui (amitié agréable). "Pour lui-même",
c'est-à-dire pour sa sagesse, laquelle, encore une fois, est
une disposition constante.
Question
4 : Si elle est à la fois utile et agréable, qu'est-ce
qui distingue, fondamentalement, cette forme d'amitié des deux
précédentes ?
Agréable
et utile, cette amitié l'est nécessairement mais ces avantages
viennent, en quelque sorte, se surajouter à l'amitié,
ils ne la fondent pas. Les amis se veulent réciproquement du
bien, ce qui est le seul fait de l'amitié véritable ou
"parfaite"("Ce sont les amis par excellence"). Pour
cette raison, la différence est si essentielle entre cette troisième
forme d'amitié et les deux autres qu'on ne saurait en faire vraiment
les trois espèces d'un genre unique( l'amitié ) que pour
les besoins d'une classification commode. Il faut donc bien plutôt
s'étonner qu'Aristote conserve le même terme d'amitié
pour désigner trois types de rapport aussi différents.
C'est qu'en réalité, les relations intéressées
ou simplement plaisantes ont, sous une forme dégradée,
une espèce de ressemblance avec la philia accomplie, l'amitié
véritable : La réciprocité des sentiments et des
échanges qui les rend toutes trois différentes de la simple
bienveillance à sens unique.