Hegel propose de concevoir la raison, non comme un
simple instrument formel et vide, mais comme le processus effectivement
à l'uvre dans le devenir historique. La raison est ainsi
à la fois forme (connaissance conceptuelle) et contenu (essence
de la réalité morale et naturelle), de sorte que : "Ce
qui est rationnel est réellement à l'uvre et ce
qui est réellement à l'uvre est rationnel".
En effet, le rationnel qui est synonyme de l'idée, en entrant
avec sa réalité dans l'existence extérieure, acquiert
ainsi une richesse infinie de formes, d'apparences et de manifestations,
il s'enveloppe comme un noyau d'une écorce dans laquelle la conscience
se loge d'abord mais que le concept pénètre enfin pour
découvrir la pulsation intérieure et la sentir battre
même sous l'apparence extérieure. (
)
Concevoir ce qui est, c'est la tâche de la philosophie, car ce
qui est, c'est la raison. (
) Ce qu'il y a entre la raison comme
esprit conscient de soi, et la raison comme réalité donnée,
ce qui sépare la première de la seconde, et l'empêche
d'y trouver sa satisfaction, c'est qu'elle est enchaînée
à l'abstraction dont elle ne se libère pas pour atteindre
le concept.
Reconnaître la raison comme la rose dans la croix de la souffrance
présente, c'est la vision rationnelle et médiatrice qui
réconcilie avec la réalité (
).
F. Hegel, Principes de la philosophie du droit,
Préface,
trad. A. Kaan, © Ed. Gallimard, 1940, pp. 42-44.