La raison
Paul Clavier
Profil
Notions philosophiques n° 786
On a traditionnellement
défini l'homme comme un animal rationnel (doué de raison
et prenant part à des activités rationnelles), ou encore
comme un être raisonnable (capable d'user de raison pour modérer
ses penchants). Cette définition de l'homme par la raison ne
procède pas simplement du simple constat. Elle constitue également
un postulat qui fonde l'égalité des droits auxquels tous
les hommes peuvent prétendre. C'est en effet par définition,
par principe, que l'homme est un "être de raison". Cette
identité rationnelle de l'humanité garantit la possibilité
de normes morales universelles. La raison se présente ici comme
une capacité, une faculté, ou encore une puissance, commune
à tous les êtres humains. Mais en elle-même, comment
la définir ? Le philosophe Hume la conçoit comme un "merveilleux
et inintelligible instinct de nos âmes", qui unit l'homme
à la nature. D'un autre point de vue, il est possible de considérer,
comme le fait Kant, que la raison élève l'homme infiniment
au dessus des autres créatures vivantes. En outre, la raison
n'est pas seulement une disposition humaine ; elle est aussi ce qui
semble régler et animer l'univers dans son ensemble.
C'est en ce sens que l'on peut parler d'une sorte de mystère
de la raison. Comment et pourquoi nos catégories rationnelles
peuvent-elles s'appliquer aux catégories de l'expérience
? La raison serait-elle un principe d'organisation commun à l'univers
et à la pensée, ou n'est-elle qu'une norme régissant
les opérations de l'esprit humain ? Ou bien encore un idéal
d'intelligibilité qui guide nos recherches et oriente nos actions
et nos spéculations ? Ce qui est certain, c'est que l'efficacité,
même partielle, de nos facultés rationnelles témoigne
d'une correspondance, ou tout au moins d'une analogie, entre nos structures
intellectuelles et l'organisation de l'univers. Cette corrélation
ne peut cesser de nous étonner. Et la conquête du monde
par la raison constitue un sujet d'émerveillement - en dépit
des réserves qu'elle peut également susciter. Sous la
raison qui glace parfois, couve également l'enthousiasme, comme
le feu sous la cendre.
Sujets
analysés :
1) La raison
contredit-elle la foi ?
2) La raison peut-elle nous aider à vaincre nos passions ?
3) Y a-t-il des raisons du beau ?
Extraits
à lire :
-
Aristote :
La raison, faculté du "pourquoi"
-
E. Kant : "La
raison doit prendre les devants"
-
G. W. F. Hegel
: La Raison dans l'Histoire