Premier extrait (p. 20)

SECONDE SECTION

QUI CONTIENT LES ARTICLES DEFINITIFS DE LA PAIX PERPETUELLE ENTRE LES ETATS

Parmi les hommes qui vivent les uns à côté des autres, l'état de paix n'est pas un état de nature (status naturalis), lequel est au contraire un état de guerre 1. Celui-ci, même s'il n'est pas toujours une ouverture des hostilités, en est au moins la menace permanente. C'est pourquoi il faut que l'état de paix soit institué ; car le renoncement aux hostilités n'est pas encore une garantie de paix, et aussi longtemps que quelqu'un n'offre pas cette garantie à son voisin (ce qui ne peut se produire que dans un état de droit), celui-ci peut traiter comme un ennemi celui qu'il a sommé de lui fournir cette garantie.

1. Cette identification de principe entre état de nature et état de guerre (que Kant hérite de Hobbes) commande toute la suite du texte. C'est bien parce que la guerre est naturelle aux hommes que la paix doit être instituée.

Question 1 : Quelles sont les notions du programme en jeu dans ce passage ?

La morale, le droit et la politique.

Question 2 : Comment Kant conçoit-il l'état de nature ?

L'état de nature désigne, chez Kant, une simple hypothèse qui doit permettre de le distinguer du droit. Il ne s'agit donc pas, comme chez Rousseau, de construire une anthropologie de l'homme naturel (hors société), mais de montrer la nécessité morale d'instituer le droit. C'est pourquoi Kant ramène l'état de nature à l'état de guerre permanente (de ce point de vue, il se rapproche de Hobbes) : sans la force contraignante du droit, les individus et les États sombrent dans l'arbitraire et la violence.

Question 3 : Qu'est-ce qui différencie le "renoncement aux hostilités" d'une garantie de paix ?

Le "renoncement aux hostilités" renvoie à ce que Kant appelle un "armistice", c'est-à-dire l'arrêt momentané de la guerre. Si Kant juge cela insuffisant, c'est que l'armistice peut être décrété dans le but de préparer des guerres à venir et qu'il ne constitue donc aucunement une "garantie de paix", la paix ne pouvant être que perpétuelle. Seul le droit fournit une telle garantie car il se définit par le respect de la liberté d'autrui sous des lois communes. Il substitue donc la loi à la violence.

Expliquez le dernier passage du texte (à partir de "aussi longtemps").

Le but du droit est de pacifier les relations entre individus (hommes et États).
Il s'agit donc de faire en sorte que l'autre ne soit plus considéré comme un ennemi potentiel et, donc, de restreindre son champ d'action. Or le droit suppose que l'on ait renoncé à agir arbitrairement. Il est donc la condition absolument nécessaire de la paix.

 

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