Le travail aliéné,
K.
MARX
Dans le système
capitaliste, l'ouvrier est privé de la copropriété
du produit de son travail. Mais cette privation est l'expression d'une
aliénation dans l'acte même de la production. Le jeune
Marx oppose ici le travail qui devrait être la réalisation
de l'essence de l'homme au travail aliéné qui n'est plus
qu'un moyen de satisfaire ses besoins physiques, et ramène l'homme
au rang de l'animal.
Il (l'animal) produit seulement ce dont il a immédiatement besoin
pour lui ou pour son petit ; il produit d'une façon unilatérale,
tandis que l'homme produit d'une façon universelle ; il ne produit
que sous l'empire du besoin physique immédiat, tandis que l'homme
produit même libéré du besoin physique et ne produit
vraiment que lorsqu'il en est libéré. (
)
C'est précisément dans le fait d'élaborer le monde
objectif que l'homme commence donc à faire réellement
ses preuves d'être générique. Cette production est
sa vie générique active. Grâce à cette production,
la nature apparaît comme son uvre et sa réalité.
L'objet du travail est donc l'objectivation de la vie générique
de l'homme : car celui-ci ne se double pas lui-même d'une façon
seulement intellectuelle, comme c'est le cas dans la conscience, mais
activement, réellement, et il se contemple donc lui-même
dans un monde qu'il a créé. Donc, tandis que le travail
aliéné arrache à l'homme l'objet de la production,
il lui arrache sa vie générique, sa véritable objectivité
générique, et il transforme l'avantage que l'homme a sur
l'animal en ce désavantage que son corps non organique, la nature,
lui est dérobé.
De même, en dégradant au rang de moyen l'activité
propre, la libre activité, le travail aliéné fait
de la vie générique de l'homme le moyen de son existence
physique.
Karl MARX, Manuscrits de 1844, trad. E. Bottigelli
Editions Sociales,
Paris, 1972, p. 64