Le
Banquet, Platon
Classiques
Hatier de la philosophie
Premier extrait
: chapitre VI, p. 26-28 :
Premier extrait : (p. 67, 204 a)
L'Amour "est à mi-chemin entre le
savoir et l'ignorance, car voici ce qui se passe; aucun des dieux ne
philosophe ni ne désire devenir savant (car ils le sont déjà),
de même que quiconque est savant ne philosophe pas. À l'inverse,
les ignorants ne philosophent pas et ne désirent pas devenir
savants. C'est justement cela qui est pénible dans l'ignorance;
on n'est ni beau, ni bon, ni intelligent, et on croit l'être assez;
or, quand on ignore qu'on manque de quelque chose, on ne désire
pas ce dont on ignore être dépourvu"
Interview de Marianne
Massin, agrégée et docteur en philosophie.
Question 1 : Quelles
sont les notions du programme en jeu dans cet extrait ?
Le mythe, la science et
la philosophie ; l’opinion, la connaissance et la vérité.
Question 2 : Quelles
sont les manifestations de l'Amour qui témoignent du fait qu'il
est, comme le dit ici Platon "à mi-chemin entre le savoir et
l'ignorance" ?
L'amour est décrit par Socrate comme
un "démon" — être intermédiaire entre les dieux
et les hommes; c'est aussi un vagabond, toujours en chemin, entre détresse
et plénitude. Il reconnaît son dénuement et ressent
le manque qui en résulte; dès lors, il se met en quête
des moyens d'atteindre ce qu'il entrevoit. Dans cet entre-deux, il s'oppose
à la fois à celui qui possède déjà
le savoir et à celui qui en ignore tout.
Question 3 : En quoi l'amour d'après
cette définition se différencie-t-il du désir ?
L'amour est défini comme l'aspiration
vers le savoir, il est donc à la fois la quête de quelque
chose (et en ce sens il est un désir de posséder ce dont
on éprouve le manque douloureux) mais il suppose un dépassement
progressif des désirs physiques et parcellaires, qui entraînent
le corps ou l'âme vers tel ou tel objet, pour être amour
de la sagesse.
Question 4 : Quel est le sens du
parallèle, établi ici par l'auteur, entre la philosophie
et l'amour?
Ce parallèle entraîne une
redéfinition de la philosophie. Amour de la sagesse, elle n'est
ni un savoir ni une sagesse que l'on posséderait de manière
définitive, mais la tension vers le vrai qui dynamise une vie
entière et la régit. Le philosophe met tout en œuvre pour
atteindre une plénitude entrevue. Entraîné par cet
élan amoureux, il ne craint ni les opinions de la foule, ni le
ridicule, ni même la mort. Aux yeux de Platon, Socrate (condamné
à mort par la cité athénienne) incarne cette quête
continue et cette exigence. L'aspiration au savoir n'est pas une simple
manière de penser; elle dicte nécessairement une manière
de vivre.