La "talking
cure"
Freud (1856-1939)
Dans les débuts
de la psychanalyse, Freud utilise, ainsi que Breuer, la méthode
de l'hypnose : les patients se confient dans un état de demi-sommeil.
Mais Freud l'abandonna par la suite, car de cette manière, le
patient n'avait pas de prise de conscience libératrice (catharsis)
de ce qu'il venait de retrouver en lui, et l'amélioration n'était
pas durable. Le texte ci-dessous évoque les débuts de
ce tournant capital dans la pensée de Freud.
On avait remarqué
que dans ses états d'absence, d'altération psychique avec
confusion, la malade (1) avait l'habitude de murmurer quelques
mots qui semblaient se rapporter à des préoccupations
intimes. Le médecin se fit répéter ces paroles
et, ayant mis la malade dans une sorte d'hypnose, les lui répéta
mot à mot, espérant ainsi déclencher les pensées
qui la préoccupaient. La malade tomba dans le piège et
se mit à raconter l'histoire dont les mots murmurés pendant
ses états d'absence avaient trahi l'existence. C'étaient
des fantaisies d'une profonde tristesse, souvent même d'une certaine
beauté - nous dirons des rêveries - qui avaient pour thème
une jeune fille au chevet de son père malade. Après avoir
exprimé un certain nombre de ces fantaisies, elle se trouvait
délivrée et ramenée à une vie psychique
normale. L'amélioration, qui durait plusieurs heures, disparaissait
le jour suivant, pour faire place à une nouvelle absence qui
supprimait, de la même manière, le récit des fantaisies
nouvellement formées. Nul doute que la modification psychique
manifestée pendant les absences était une conséquence
de l'excitation produite par ces formations fantaisistes d'une vive
tonalité affective. La malade elle-même qui, à cette
époque de sa maladie, ne parlait et ne comprenait que l'anglais,
donna à ce traitement d'un nouveau genre le nom de talking
cure (…).
Sigmund FREUD, Cinq leçons
sur la psychanalyse (1908),
trad. Y. Le Lay, Payot, 1973, 1973,
pp. 10-11.
(1) Anna O., jeune fille
souffrant d'hystérie, patiente du Docteur Breuer.