Le
Banquet, Platon
Classiques
Hatier de la philosophie
Traduction de Tiphaine
Karsenti, analyse de Marianne Massin
Présentation
Le Banquet mène de
front le triple éloge de l'Amour, de la philosophie, et du philosophe
Socrate.
Le premier est le plus
explicite. Les convives du banquet, fatigués de boire, ont décidé
de passer la soirée à célébrer à
tour de rôle le dieu de l'Amour. Phèdre commence, louant
l'Amour d'être le plus ancien des dieux et le plus vénérable.
De même qu'il y a une Aphrodite Céleste et une Aphrodite
Populaire, réplique Pausanias, il y a deux amours et seul le
premier mérite les éloges. Eryximaque reprend cette dualité,
mais défend la nécessité d'une conciliation dans
la tempérance réglée. Aristophane décrit
l'origine de l'Amour; l'humanité primitive était faite
de sphères d'une seule pièce mais doubles en tout et relevant
de trois genres, masculin, féminin et androgyne. Ces sphères
autosuffisantes en conçurent un si grand orgueil qu'elles s'attaquèrent
aux dieux; ils les châtièrent en les coupant en deux; depuis,
chacun cherche "sa moitié" pour s'y joindre. L'Amour est manque
et désir. De l'avis d'Agathon, ce trait négatif ne saurait
qualifier celui qu'il célèbre comme le plus jeune des
dieux et le père de toutes nos trouvailles.
Tout en se déclarant
pétrifié par la splendeur des discours précédents,
Socrate va en montrer l'insuffisance. Pour ménager les convives,
il dit tenir son savoir de Diotime, prêtresse de Mantinée.
Tous les orateurs donnent à l'Amour les grâces de l'être
aimé, mais l'Amour manque précisément de ces grâces
qu'il aspire à posséder. Il est toujours amour de quelque
chose. Il n'est donc pas un dieu mais un démon qui tient de sa
mère (Penia) le dénuement et la rudesse, de son père
(Poros) l'habileté des inventions, l'ardeur et la vaillance.
Intermédiaire entre savoir et ignorance, il est amour de la sagesse,
philo-sophe. Il est désir d'immortalité et incite à
une quête qui est une progressive élévation: de
l'amour d'un beau corps à celui des beaux corps, de celui-là
à celui des belles âmes, puis des belles occupations, des
connaissances belles, jusqu'à la vision soudaine du Beau absolu,
éternel.
Survient alors Alcibiade
ivre. Nouveau convive, nouveau discours. Si l'intrus prétend
modifier la proposition en proférant un éloge non de l'Amour
mais de Socrate, il s'inscrit cependant dans la continuité des
éloges précédents: célébrant le philosophe,
il le décrit sous les traits de ce démon qui conduit chacun
à se reconnaître ignorant et désirant la sagesse,
philosophe en quête de vérité.