Le
temps
Catherine Malabou
Profil Notions philosophiques
n° 778
Toute réflexion
sur le concept de temps repose sur un double mouvement.
Étymologiquement,
le terme " temps " dérive de la racine indo-européenne
tem, qui signifie " couper ". Le temps désigne
donc une certaine forme de coupure, qui sépare un élément,
ou un individus, d’un tout, mais également une coupure délimitant
un dedans et un dehors, l’exclusion de l’élément séparé
comme son rassemblement avec le tout.
Le temps se définit
comme séparation d’éléments indivis (les instants
qui se succèdent) et comme réunification de ces éléments,
en une histoire, par l’articulation des instants.
Qu’est-ce que le temps ?
Toute pensée philosophique du temps est nécessairement
une méditation sur les rapports du temps et de l’être.
Le temps se propose d’emblée
à la pensée comme une énigme ontologique (voir
les textes d’Aristote, la Métaphysique, ou la Physique).
La méditation aristotélicienne sur le temps révèle
que le temps est en réalité à la fois étant
et non étant. À peine entrevu, le temps s’évanouit.
Source de tout apparaître sensible, le temps, en lui-même,
est invisible.
Le temps se manifeste comme
passage de ses trois moments : passé, présent et
futur. Il rend problématique la nature de l’instant ou du maintenant,
limite entre présent, passé et futur (voir dans le Profil
ce qui concerne la durée selon Bergson, et le problème
de la mémoire).
Le temps est le principe
même du changement et du devenir. Le présent, même
fugitif, permet de tisser le lien de l’être et du temps.
Il permet la saisie de
la temporalité par la pensée.
Comprendre le temps à
partir du présent, confronter le temps à l’éternité,
n’est-ce pas penser le temps à partir de l’intemporel et donc
annuler le temps lui-même ? Cette difficulté est mise
au jour par Heidegger dans Etre et temps.
Ce profil permet également
de réfléchir sur les notions de forme pure de l’intuition
selon Kant, de finitude, d’événement.