Critique de la raison pure - Préface de la seconde édition, E. Kant

Classiques Hatier de la philosophie
Premier extrait (p. 15)

On a supposé jusqu’ici que toute notre connaissance devait se régler sur les objets ; mais toutes les tentatives qui ont été faites pour les déterminer a priori au moyen de concepts, et ainsi élargir notre connaissance, ont échoué en partant de cette supposition. Essayons donc, pour une fois, de voir si nous ne progresserions pas mieux dans les tâches de la métaphysique, en supposant que ce sont les objets qui doivent se régler sur notre faculté de connaître, ce qui s’accorde déjà mieux avec la possibilité revendiquée d’une connaissance a priori de ceux-ci, laquelle doit établir quelque chose à leur sujet, avant même qu’ils nous soient donnés. Il en va ici de la même façon qu’avec les premières idées de Copernic : voyant qu’il ne parvenait pas à expliquer les mouvements du ciel en supposant que toute l’armée des étoiles tournait autour du spectateur, il voulut savoir s’il ne réussirait pas mieux en faisant tourner le spectateur tout en laissant les étoiles immobiles.

Interview de Ole Hansen-Love

Question 1 : Quelles sont les notions du programme en jeu dans cet extrait ?

Essentiellement celles qui appartiennent à la deuxième section du programme de notions (" Le savoir "), telles que la raison et le sensible, la logique, la méthode et le raisonnement, le mythe, la science et la philosophie. On peut également rapporter le texte à la " question d’approfondissement " sur la révolution galiléenne.

Question 2 : Quelle est la thèse du texte ?

A ce stade, il s’agit encore d’une hypothèse (Essayons donc… ), selon laquelle la connaissance ne serait pas une copie, dans l’esprit ou sur le papier, de ce qu’il s’agit de connaître (de l’objet de la connaissance), mais l’acte par lequel des phénomènes (objets qui se présentent dans l’espace et le temps) sont mis en forme par les règles de l’entendement, devenant ainsi les objets de la connaissance.

Question 3 : Que signifie exactement ce passage : " ce sont les objets qui doivent se régler sur notre faculté de connaître, ce qui s’accorde déjà mieux avec la possibilité revendiquée d’une connaissance a priori de ceux-ci, laquelle doit établir quelque chose à leur sujet, avant même qu’ils nous soient donnés " ?

La métaphysique se veut connaissance a priori, c’est-à-dire entièrement indépendante de ce que nous tirons de l’expérience ; elle est un savoir que la raison de l’homme veut trouver en elle-même. On ne peut penser la possibilité d’un tel savoir qu’en supposant que ses objets sont déterminés par la raison et que les catégories de celle-ci s’imposent à l’objet, dans l’acte de la connaissance.

Question 4 : Pouvez vous développer le sens de la référence à la " révolution copernicienne " ?

L’astronome Copernic (16e siècle) a bouleversé notre représentation de l’univers. En apparence, les étoiles semblent tourner autour de l’observateur immobile (on utilise le terme de révolution pour désigner ce mouvement). Mais sur la base de cette hypothèse (les corps célestes tournent autour de la terre), on ne parvient pas à expliquer leurs mouvements, alors qu’on peut le faire en supposant que c’est l’observateur (et la terre qui le porte) qui tourne sur lui-même et autour du soleil. C’est ce renversement complet qui prend le nom de révolution copernicienne. Kant fait subir un renversement analogue au rapport entre la connaissance et son objet.

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