LA
TECHNIQUE
La technique C. Technique et responsabilité : maîtriser notre maîtrise 1 La
Fin de l’homme, ou les fins de l’homme ? L’exigence d’une éthique
face à la mise en péril de l’humanité La fin de l'homme, ou les fins de l'homme ? L'exigence d'une éthique face à la mise en péril de l'humanité Par les effets de la technique sur la biosphère, c'est aujourd'hui la perpétuation même de l'humanité qui se trouve menacée. L'enjeu éthique est désormais la responsabilité de sauvegarder les conditions d'existence du genre humain. On peut dès lors en appeler à une nouvelle éthique, que Hans Jonas détermine comme éthique de la responsabilité, dont il propose pour maxime : "Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre" (voir le texte de Jonas). Cette éthique doit s'articuler sur une politique publique de contrôle de la technique. La technique ne marche pas toute seule Tout éthique de la technique exige de refuser son autonomie : affirmer que sa logique interne doit se soumettre à la volonté humaine. Il faut comprendre que l'homme n'est pas livré à la toute-puissance de la technique, car celle-ci est œuvre humaine. Derrière les choses, il y a toujours les hommes. "L'initiative ne peut venir que de [l'humanité], car c'est elle, et non pas la prétendue force des choses, encore moins une fatalité inhérente à la machine, qui a lancé sur une certaine piste l'esprit d'invention" (Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, p. 328). Mais il ne faut pas occulter que la puissance de la technique est avant tout celle du marché, et sa logique réelle celle du capital. Ce n'est donc pas la rationalité technique qui décide des techniques dominantes. Bref, la technique cache des rapports entre des hommes. Jugement technique et jugement éthique Enfin, il faut saisir la logique de la technique : c'est celle de la réalisation de tout le possible. Le jugement technique se rapporte strictement aux moyens susceptibles d'atteindre une fin quelconque. La technique ne se pose pas la question du pourquoi, mais seulement du comment. Or ce n'est pas parce que l'on peut que l'on doit ! Le jugement technique, qui porte sur les moyens de l'action, doit être soumis au jugement éthique, qui porte sur les fins et les valeurs de l'action.La démocratie contre la dérive technocratique S'"il n'est pas douteux que les premiers linéaments de ce qui devait être plus tard le machinisme se soient dessinés en même temps que les premières aspirations à la démocratie" (Bergson, ibidem), il faut cependant reconnaître que la technique pose aujourd'hui un grave problème à l'exercice de la démocratie. Le danger politique et moral des société techniciennes et technocratiques est de voir le citoyen progressivement dépossédé de certaines de ses responsabilités (voir le texte de Habermas). Les grandes décisions techno-socio-économiques courent le risque de ne plus être élaborées ni même influencées par les citoyens, mais par des techniciens : c'est la souveraineté des experts, l'expertocratie (notamment dans les grandes organisations nationales ou internationales aux membres nommés et non élus) Si le citoyen est renvoyé à la sphère privée, peut-il encore maîtriser ou seulement influencer le devenir des techniques ?(voir le texte de Habermas) Contre le nouveau despotisme éclairé de la technocratie des experts, il faut réaffirmer le besoin de la démocratie, c'est-à-dire le besoin de se décider en relative méconnaissance de cause ! "La démocratie, c'est un régime d'experts dirigé par des amateurs" (Raymond Aron) : on peut assumer cette définition si l'on se rappelle que la démocratie, c'est donc le régime où la conscience prime sur la compétence. Par l'exercice de la démocratie, il s'agit de refuser toute extra-territorialité politique et éthique à la technique.
L'exercice démocratique implique aussi la science, non pas bien sûr dans ses énoncés (qui, se soumettant à la vérité, ne sauraient se soumettre au débat politique ni aux valeurs morales), mais dans ses champs de recherche. Car la science se trouve désormais intimement imbriquée avec la technique, dans ce que l'on nomme la technoscience. Par ce terme, il faut entendre 1) l'implication de la technique dans la science et 2) la fécondation de la technique par la science. La technoscience est l'impossibilité actuelle de distinguer la recherche fondamentale de la recherche appliquée. Sommaire de ce dossier L'essentiel |