Théorie
et expérience
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pas François Jourde, L'essentiel L’expérience est la rencontre du réel par le sujet. Elle informe le sujet aux deux sens du terme : elle l’informe sur le réel (" faire l’expérience ") et le forme au réel (" avoir de l’expérience "). Mais le sujet est-il passif ou actif dans l’expérience ? L’étymologie invite à ne pas trancher, car le verbe latin experiri signifie à la fois " éprouver " (passivité) et " essayer " (activité). • En un sens, l’irréductible part de passivité de l’expérience garantit l’objectivité : l’esprit rencontre bien un donné extérieur, qu’il n’invente pas. Mais l’expérience, qui n’a de signification que par l’activité interprétative de l’esprit, suppose toujours une théorie, même fausse ou pleine de préjugés. Or, le sujet doit se méfier des interprétations déformantes issues de sa subjectivité (notamment de ses croyances et de ses désirs…). L’objectivité véritable suppose donc une activité rationnelle de l’esprit, qui doit toujours critiquer l’expérience immédiate. • L’esprit ou la raison ne doivent cependant pas rêver pouvoir renoncer à toute expérience pour tirer d’eux-mêmes toutes les connaissances. Certes, les connaissances mathématiques sont prouvées par le raisonnement démonstratif. Mais elles ne portent que sur les relations nécessaires entre des êtres abstraits (vérités de raison). Or, les relations entre les êtres concrets (vérités de fait), c'est-à-dire les lois des phénomènes, ne peuvent être connues a priori, c'est-à-dire avant l’expérience. L’expérience est bien le tribunal au verdict duquel doivent se soumettre nos théories (nos tentatives pour penser et expliquer correctement les phénomènes). Quand il est intentionnellement mis en place, c'est-à-dire provoqué par la théorie, ce tribunal se nomme expérimentation (expérience méthodiquement construite). • Contre l’opinion naïve, la logique nous apprend que l’expérience ne prouve pas la vérité de nos théories, mais seulement leur fausseté. L’expérience (toujours singulière) peut contredire une théorie (toujours universelle) en lui donnant un contre-exemple, mais ne peut jamais la prouver, car il faudrait un nombre infini d’exemples… Puisque l’expérience a une fonction de réfutation (et non de vérification) de nos conjectures théoriques ou de nos hypothèses, la science progresse dans la connaissance de nos erreurs, mais ne pourra jamais atteindre avec certitude la vérité absolue.
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Quelques schémas : > Les
grands sens du mot " expérience ".
Quelques fiches-œuvres sur sosphilo : > Kant,
Critique de la raison Pure, Préface de la seconde édition.
Quelques sites : > Les
grandes révolutions scientifiques,
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